Situation au Guatemala

Après plus de 30 ans de dictature militaire, le Guatemala retrouve à nouveau en 1986 une présidence civile. Mais c'est uniquement en 1993 avec l'élection à la présidence de l'ancien responsable des droits humains, Ramiro de León Carpio, que l'espoir d'une réelle démocratie voit le jour. Pris entre les intérêts de l'armée et de l'économie, ce dernier ne parvient toutefois pas à mettre en place les réformes profondes nécessaires du système politique. En 1996, Alvaro Arzú est élu président. Sous son mandat sont menées les négociations de paix (pendant près de dix ans) et la signature d'un traité de paix entre l'armée, le gouvernement et la guérilla, le 29 décembre 1996, qui met officiellement fin à plus de 36 ans de guerre civile.

Malgré ces accords de paix, la situation sociale au Guatemala reste particulièrement fragile. Les traumatismes de la guerre n'ont encore pas du tout été dépassés et les fractures sociales sont très présentes dans certaines régions. On recense aujourd'hui en moyenne plus de morts violentes que durant le conflit armé.

Un grand nombre d'organisations locales et nationales au Guatemala tentent de faire la lumière de manière systématique sur les causes et les conséquences de la guerre. Par exemple, à travers les exhumations de corps des fosses communes et la clarification des événements survenus durant le conflit avec les survivants et les habitants actuels des communautés paysannes. Des procédures juridiques à l'encontre des responsables physiques et politiques des massacres sont en cours. En 2011, les premières auditions sont menées et les premières condamnations prononcées. Il s'agit en effet également de travailler sur les causes de la violence et des injustices sociales et de permettre de combler les déchirures au sein de la société.

Dans le cas du procès pour génocide à l'encontre de l’ex-dictateur José Efraín Ríos Montt, ce dernier avait été condamné le 10 mai 2013 à 80 ans de prison pour génocide et crimes contre l'humanité. Cependant, le jugement historique a été annulé dix jours plus tard pour vice de forme. Depuis lors, le procès avait repris en 2015 et en 2016, après être à chaque fois suspendu. Le procès pour génocide de la population Ixil a finalement rouvert le 13 octobre 2017 dans la tour du Tribunal de Justice dans la ville de Guatemala. Les audiences contre l'ex-dictateur Efraín Rios Montt ont cette fois-ci été séparées de celles contre Mauricio Rodríguez Sánchez, ancien chef de l’intelligence militaire. Le décès de l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt, le 1er avril 2018, alors que le procès courait toujours, a porté un coup à la lutte pour la justice et contre l’impunité dans le pays, même si la sentence de 2013 avait été reconnue internationalement. Avec sa mort, ce procès se ferme, mais celui contre Rodriguez Sánchez se poursuit. Déclaré innocent en 2013, le Ministère public souhaite aujourd’hui prouver qu’il a participé au génocide de la population Ixil à travers la rédaction de rapports d’intelligence militaire qui permettaient de planifier les attaques de terrain. Une sentence est attendue pour 2018.

Bien que plusieurs affaires judiciaires soient très lentes à démarrer, il y a aussi des affaires à caractère symbolique positif. Un verdict historique a été rendu le 26 février 2016 dans le cas Sepur Zarco : deux anciens officiers de l’armée ont été reconnus coupables de crimes contre l’humanité pour les viols, les meurtres et les actes d’esclavage commis à Sepur Zarco. Il s'agit de la première condamnation au monde d'un tribunal national dans une affaire d'esclavage sexuel pendant un conflit armé. La violence sexuelle a donc été reconnue comme une arme de guerre contre la population civile. Onze femmes de la communauté de Sepur Zarco étaient plaignantes dans le procès. Elles avaient été emmenées dans une base militaire en 1982, peu de temps après que leurs maris aient été portés disparus. Dans la base militaire, elles étaient détenues comme esclaves domestiques et sexuelles. Au cours du procès, le Dr. Laura Rita Degato a parlé de la violence sexuelle comme une stratégie militaire (son rapport): "Le corps de la femme symbolise le corps social, et le dominer symbolise le pouvoir sur un territoire."

Un autre domaine où règne l'impunité est la protestation d'organisations de base - souvent autochtones - contre des mégaprojets qui détruisent leur habitat et ne respectent pas leur droit à l'autodétermination, ainsi que leur engagement en faveur des titres fonciers et des droits humains en général. Chaque jour, des militant-e-s des droits humains, des avocat-e-s et des journalistes reçoivent des menaces de mort, sont attaqués et, dans de nombreux cas, tués. La population, en grande partie indigène, qui s'est engagée à défendre ses droits et ses terres, est criminalisée, persécutée, menacée et victime de violence. Ainsi, en 2017, une tendance qui se dessine depuis plusieurs années se poursuit : « L'environnement naturel se transforme en un nouveau champ de bataille pour les droits humains. Avec la demande continue de produits tels que les minéraux, le bois et l'huile de palme, les gouvernements, les entreprises et les bandes criminelles acquièrent des terres sans prêter attention aux gens qui y vivent ». (Citation du rapport En Terreno Peligroso par Global Witness)

La situation au Guatemala continue de requérir un soutien international de la part des États, des organisations internationales, des ONG, des Églises et des groupes de solidarité. Le maintien d'un regard attentif sur la situation est un élément important pour créer des conditions qui permettent le maintien et la mise en place des droits humains au Guatemala. L'observation internationale des droits humains s'est avéré un instrument utile et efficace dans le contexte actuel au Guatemala.

 
 

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